À l’Amref, nous agissons 365 jours par an pour la santé des jeunes filles et des femmes africaines

Le droit à la santé est fondamental. Il ne doit être ni une chance, ni un luxe.  Pour s’émanciper, pour revendiquer, encore faut-il que les jeunes filles atteignent l’âge adulte, que les femmes soient en bonne santé. Depuis 60 ans, l’Amref se bat pour ce droit et agit pour la santé des femmes en Afrique. A l’occasion de ce 8 mars 2018, nous souhaitons mettre l’accent sur un point essentiel de la santé des femmes et des jeunes filles : le fléau sanitaire que représentent les mutilations génitales féminines (MGF).

Selon l’UNICEF, au moins 200 millions de filles et de femmes vivant aujourd’hui ont été victimes de mutilations génitales féminines dans 30 pays, essentiellement en Afrique. Les mutilations génitales féminines sont considérées au niveau international comme une violation des droits des filles et des femmes. Les conséquences médicales de ces mutilations sont nombreuses : risques d’hémorragie et d’infection, douleur extrême, complications pendant l’accouchement… Sans oublier les effets sur la vie sexuelle et l’estime de soi. Encore souvent liées à la pratique des mariages précoces, les mutilations génitales féminines augmentent les taux de décrochage scolaire des filles et perpétuent le cercle vicieux de l’inégalité entre les sexes.

L’ONU s’est fixé pour objectif de faire cesser cette pratique d’ici à 2030 et le 6 février est depuis 6 ans la Journée Internationale de Tolérance Zéro à l’égard des mutilations génitales féminines. Une prise de conscience s’est opérée et les MGF sont désormais pénalisées dans la plupart des pays du monde. Cependant, peu de peines sont prononcées et le changement législatif n’a pas découragé la pratique des MGF. Si la tendance actuelle continue, le nombre de filles et de femmes victimes de MGF connaîtra une forte hausse au cours des quinze prochaines années d’après l’UNICEF. En effet le rythme de progression de la lutte n’est pas suffisant par rapport à la croissance de la population.

Les lois ne peuvent être efficaces à elles seules pour faire changer les choses. En effet les MGF reposent sur une norme sociale très forte, poussant les gens à perpétuer ce qu’ils pensent qu’on attend d’eux. La solution passe par l’implication des communautés locales. Les gardiens de la culture tels que les anciens et les guérisseurs traditionnels ont un rôle décisif à jouer pour permettre le renversement de la norme et l’abandon de cette pratique. L’Amref, au Kenya, accompagne les communautés locales dans leur lutte contre les MGF depuis 10 ans. Les résultats sont là : dans les communautés avec lesquelles travaillent l’Amref, la prévalence des MGF des filles non mariées entre 10 et 24 ans est tombée de 45% à 14%. Pour mettre un terme à ces pratiques néfastes tout en respectant les fondements des communautés, nous avons par exemple en Afrique de l’Est, avec les communautés Massai et Samburu, promu le Rite de Passage Alternatif. Cette cérémonie marque le passage du statut de fille à celui de femme en excluant toute forme de mutilation génitale féminine. 15 000 jeunes kenyanes  ont ainsi échappé au rituel de l’excision ces dernières années. Ce modèle qui connait un grand succès pourrait être étendu à d’autres pays et communautés.

Les mutilations génitales féminines concernent également l’Europe et on estime que 53 000 femmes excisées vivent en France. Le gouvernement en a fait une question de santé publique et la France a été le premier pays à rembourser les frais chirurgicaux de réparation. Mais la prévention et  la sensibilisation pour l’abandon de cette pratique restent la clé.

Conscient du fait que le plus grand catalyseur de changement vient d’une culture et non de l’extérieur, nous sommes convaincus que la voix des communautés locales doit être amplifiée dans la lutte contre les mutilations génitales féminines.

Henri Leblanc, délégué général de l’Amref en France

8 mars 2018