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Interview croisée de Florence-Marie Ndiaye Sarr et Sandrine Brame

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Interview croisée de Florence-Marie Ndiaye Sarr et Sandrine Brame

FLORENCE-MARIE NDIAYE SARR

Le lien qui unit Florence-Marie à Amref est immense. Sage-femme depuis 1986, Florence-Marie est une ancienne coordinatrice en santé de la reproduction et tutrice duprogramme PRECIS, lancé par Amref en 2011 et également sage-femme d’état Officierdans l’Ordre National du Lion. Elle est à la retraite depuis 2020, cependant c’est toujoursen honneur pour Amref de pouvoir discuter avec elle, tant son investissement auprès del’ONG a été fut durable et solide.

SANDRINE BRAME

Depuis 2013, le Conseil National de l’Ordre des Sages-Femmes & Amref sont partenaires. En 2017, Sandrine devient élue départementale au sein du Conseil et décide de garder celien privilégié de contact et de partenariat avec l’Amref. Elle se mobilisera à de nombreuses reprises, notamment en mettant des actions dans sa région pour soutenir Amref, grâce à la vente de tee-shirts, l’organisation de concerts ou encore en positionnant l’ONG en Grande Cause du Chti en 2016.Ce lien fort avec Amref, très marquant et impliquant, lui aura permis de déplacer desmontagnespour Amref. Nous ne la remercierons jamais assez!

Lorsqu’on parle des sages-femmes, on pense automatiquement à leur rôle lors de l’accouchement des femmes. Pourtant votre métier comprend beaucoup d’autres aspects. Pouvez-vous nous en parler ?  

Florence-Marie Sarr (FM.S) :  : « Pour moi, le métier de sage-femme est basé sur 4 principes fondamentaux : le leadership, la responsabilisation, le partenariat et le suivi des évaluations. Quand je parle de leadership, il s’agit d’être pro-active sur la prévention des addictions, ce qui est un élément fondamental d’une surveille efficace de la grossesse. Post accouchement, le leadership sera basé sur la vaccination mère-enfant ou encore le suivi de l’allaitement. Plus globalement le droit au respect, à la dignité ou à l’information est au cœur de notre métier. Deuxième principe, la responsabilisation de la sage-femme, qui est la pierre angulaire dans la santé de la reproduction. Elle doit donc traiter les femmes avec équiter et égalité, et l’accouchement est un moment clé dans l’humanisation et le respect des droits de la femme.
La notion de partenariat est liée au fait que nous devons travailler en étroite collaboration avec les autres personnels de santé et autres acteurs (société civile, laboratoires…) : chaque jour, nous devons travailler le plus efficacement possible et faire en sorte que tous les acteurs & professionnels soient synchronisés pour s’occuper aux mieux des futures ou jeunes mamans. Enfin, le suivi évaluation, terme technique qui englobe le tracking et le monitoring de certains chiffres liés aux naissances, mais aussi aux décès maternels… »

Sandrine Brame (S.B) : « En France, on pense à elles au moment de l’accouchement mais il faut savoir que les sages-femmes sont une profession médicale autonome qui s’occupe de la grossesse et de tout le suivi médical qui en découle : suivi des examens, déroulé de l’accouchement et aussi accompagnement du couple. Le métier de sage-femme n’est pas linéaire, on s’adapte énormément aux couples qu’on reçoit et on les accompagne autant que possible dans ces moments si importants. Elles assurent un soutien psychologique immense, quelle que soit l’issue de l’accouchement, et ont un rôle à jouer dans le dépistage des violences conjugales.
Elles ont aussi la charge de la bonne adaptation de la vie extra utérine du nouveau-né, elles peuvent d’ailleurs être amenées à effectuer les gestes de réanimation. Enfin, à la sortie de la maternité, la sage-femme peut assurer le suivi médical à domicile et assurer la mise en route de l’allaitement maternel. Elle peut ainsi suivre l’évolution du bébé ! »

 

Vous exercez en tant que sage-femme depuis 25 et 37 ans. Parlez-nous de l’évolution de votre métier. Qu’est ce qui a changé ?

SB : « Avec la Loi HSPT de 2009, les sages-femmes peuvent assurer le suivi gynécologique et prescrire tout type de contraception aux femmes. Depuis 2016, elles ont la possibilité de pratiquer des IVG médicamenteuses. Cette évolution des compétences, qui permet aux femmes d’être suivies par une sage-femme tout au long de leur vie, a été déterminante tant pour les professionnelles que pour leurs patientes.
Parallèlement, on observe que les demandes de la société ont évolué : les couples sont de plus en plus nombreux à vouloir se réapproprier le moment de la naissance. Un nombre croissant de couples s’implique dans le suivi de la grossesse et dans la préparation à l’accouchement en construisant de véritables projets de naissance. En France, les femmes ont été habituées à être très encadrées par les protocoles à l’hôpital, et on sent maintenant une volonté de préparer l’accouchement et l’arrivée du bébé d’une manière différente, plus personnelle.
En conséquence, l’offre de soins s’est adaptée : certaines maternités proposent des salles « nature » avec une baignoire, un lit d’accouchement, une lumière tamisée : l’ambiance est beaucoup plus relaxante, les femmes s’y sentent mieux ce qui fait qu’elles peuvent accoucher sans péridurale et en pleine conscience.
Parallèlement, les maisons de naissance sont apparues : ce sont des structures attachées à la maternité où les femmes accouchent sans péridurale et repartent juste après l’accouchement, sans hospitalisation via un accompagnement personnalisé avec une sage-femme libérale. Cet accompagnement global permet aux femmes d’être suivies par la même sage-femme avant, pendant et après l’accouchement, ce qui apporte une sécurité à la fois médicale et affective aux femmes et aux couples. Dans ces maisons de naissance, tout est pensé pour accompagner les futures mamans de façon calme et sereine, mais sans un aspect médicalisé trop visible. »

FM.S :  « Au Sénégal, il y a eu beaucoup   de changements positifs en zone rurale. Avant, il n’y avait pas de sage-femme, les femmes faisaient des kilomètres pour les besoins en santé reproductive.  D’autre part, on a constaté une modernisation de la prévention et de la pris en charge : il y a eu moins d’accouchements à domicile et une baisse notoire des décès maternels et néonataux. Cependant, il reste beaucoup de choses à faire, le combat des sages-femmes pour la formation, pour le recrutement et leur déploiement en zone rurale, le relèvement du plateau technique et l’autorisation de IVG reste d’actualité. »

 

Depuis plus d’un an, nous vivons une période très difficile, particulièrement dans le milieu médical et hospitalier. Comment le Covid-19 a-t-il affecté votre travail et vos missions ? Quels ont été les principaux défis ?

S.B : « Au Début de la crise, il y avait bien-sûr une méconnaissance du virus. L’exercice a donc été complexifié, notamment en raison de l’absence de matériel de protection, ce qui a provoqué une angoisse dans les hôpitaux, pour les professionnels de santé, pour les patients et bien-sûr pour les nouveau-nés.
Assez rapidement, des contraintes se sont imposées dans les maternités, notamment le confinement des pères au début de la crise puis la situation s’est stabilisée avec l’arrivée des masques et des tests PCR, qui ont permis de tester les femmes et leur conjoint.
Maintenant la situation s’est améliorée, beaucoup de professionnels de santé sont vaccinés et les femmes enceintes – qui sont considérées à risque – peuvent bénéficier de la vaccination à partir du 2ème trimestre de leur grossesse. »

FM.S : « Dans l’exercice de leur fonction en cette période de pandémie , les sages-femmes ont risqué leur propre vie pour sauver celle des femmes enceintes et des nouveau nés qui sont aussi exposés au covid-19. Au Sénégal, le constat est amer beaucoup d’entre elles. Elles jouent un rôle vraiment essentiel dans la réponse aux urgences de santé publique comme la Covid-19 : il est donc impératif d’assurer leur protection afin de leur permettre de fournir les services essentiels de santé sexuelle et reproductive. »

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