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Rencontre avec Yvonne Mburu, immunologue et fondatrice et directrice générale de Nexakili, un réseau grandissant de professionnels de la santé, de scientifiques et d’ingénieurs africains et de la diaspora africaine.

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Rencontre avec Yvonne Mburu, immunologue et fondatrice et directrice générale de Nexakili, un réseau grandissant de professionnels de la santé, de scientifiques et d’ingénieurs africains et de la diaspora africaine.

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Yvonne Mburu

Yvonne Mburu est chercheuse scientifique en immunologie, c’est-à-dire l’étude système immunitaire. Née au Kenya, elle a fait ses études au Canada et Etats-Unis avant de venir en France en 2012 pour travailler l’Institut Curie sur les questions liées à l’immunologie, à l’immunothérapie et au cancer.

Amref : « Bonjour Yvonne Mburu, et merci d’être avec nous. Pouvez-vous nous dire ce qui vous anime au quotidien dans votre métier ? »

Yvonne Mburu (Y.M) : « Le milieu de la recherche m’a toujours beaucoup inspirée, c’est une carrière qui demande beaucoup mais qui donne beaucoup en retour. Au bout d’un moment j’ai souhaité rendre mon métier et ma recherche utiles pour l’Afrique car aujourd’hui, l’architecture de la santé mondiale et de la recherche est faite de façon que les innovations y arrivent en dernier. On le voit d’ailleurs encore avec la vaccination contre la Covid-19, qui est plus lente en Afrique qu’ailleurs dans le monde.
Il était donc crucial pour moi de trouver un moyen pour pousser la médecine innovante en Afrique avec un outil efficace pour raccourcir la recherche.
C’est dans ce but que je me suis lancée dans l’entreprenariat en créant notamment Nexakili dont l’objet est de créer un réseau de scientifiques et médecins africains partout dans le monde. Le but est de faire lien entre chercheurs et scientifiques qui s’intéressent à l’Afrique sur les questions de santé.
C’est passionnant d’étudier le contexte sanitaire africain, qui est bien distinct du reste du monde, on a pu s’en apercevoir avec l’épidémie actuelle qui n’a pas été similaire en Afrique qu’ailleurs dans le monde.
Il ne faut d’ailleurs pas oublier qu’en Afrique une grande partie du système de santé a été mis en pause à cause du Covid-19. Il faut maintenant réfléchir à comment préparer le système sanitaire à d’autres épidémies ! Car même si la question sanitaire en Afrique a fait beaucoup de progrès, les systèmes sanitaires n’en demeurent pas moins fragiles.

Amref : « Tout à fait, l’OMS a par ailleurs fait savoir que l’accès aux soins essentiels a été très perturbé en raison de la Covid-19, avec comme conséquences la baisse du suivi pré et postnatal, ainsi que qu’une réduction de la prise en charge des enfants malades et malnutris. La santé maternelle et infantile doit rester au cœur des préoccupations. Et la santé de la Femme de manière générale… »

Y.M : « Tout à fait, les mesures prises pour ralentir le virus ont eu un effet plus grave chez les femmes. Avec le confinement, on a observé une augmentation des violences envers les femmes et avec l’arrêt de l’école le nombre de grossesses a progressé… Il y a là un véritable problème de santé et de société que nous ne devons pas oublier. »

Amref : « Selon vous, quels sont les grands enjeux sanitaires africains actuels et des prochaines années ? »

Y.M : « Le grand défi sanitaire est le suivant : nous devons construire des systèmes santé capables de répondre aux besoins de la population en prenant en compte sa croissance, car la démographie continue d’exploser.
Ces systèmes de santé doivent pouvoir répondre à l’arrivée de nouvelles épidémies ou maladies chronique ou infectieuses mais aussi de nouveaux virus… Ils doivent être préparés et construits pour répondre à tous les enjeux de santé.
L’autre pan de cet enjeu est de lier les systèmes de santé et les différents acteurs de l’écosystème sanitaire aux pouvoirs publics et aux gouvernements afin de travailler et d’avancer plus efficacement. Les pouvoirs publics doivent définir une vision claire des priorités sanitaires et des moyens disponibles. »

Amref : « On retrouve cette problématique atour de l’implication des pouvoirs publics un peu partout dans le monde et sur de nombreux domaines. Tant que les pouvoirs publics ne se saisissent pas d’un sujet afin de le rendre étatique, les initiatives restent dispersées. »

Y.M : « Exactement. On ne peut pas se passer des pouvoirs publics : c’est à eux de mettre en place une vision claire pour que chaque acteur amène sa pierre à l’édifice ! Il faut exiger un leadership plus responsable en Afrique, qui rend des comptes à ses citoyens, et professionnalise le service public. La politique et les pouvoirs publics doivent servir à améliorer les conditions de vie pour la population.
La jeunesse a aussi un rôle important à jouer – non pas en cherchant des solutions privées a des problèmes publics, mais en défendant les biens publics en tant que tel, et en demandant des comptes aux pouvoirs publics.
Sinon on arrive seulement à avoir des initiatives éparpillées et c’est lorsqu’une crise survient que l’on voit les limites de ce type d’approche. Le grand défi est donc que chaque pays se saisisse de sa vision et de ses ambitions et le déclare clairement avec une feuille de route sur ses objectifs. »

Amref : « Pensez-vous que les Femmes ont un rôle spécifique à jouer dans l’amélioration des systèmes de santé (globalement en en Afrique) ? »

Y.M : « Je pense que oui. Vous savez, les pays qui ont le plus investi dans la santé des femmes sont ceux qui parallèlement ont de très bons systèmes de santé. En fait, cela a un effet positif démultiplicateur car ce sont principalement les femmes qui s’occupent de la santé des enfants et de la famille. Il est donc capital que les femmes continuent de s’investir sur les questions de l’éducation l’émancipation. Plus nous tendrons vers ces modèles, plus il y aura une sécurité sanitaire dans les familles également. »

Amref : « Une note positive pour terminer : quel serait le message que vous souhaiteriez transmettre aux jeunes générations ? »

Y.M : « Je mets la jeunesse au défi de s’intéresser davantage au fonctionnement du pouvoir public. Seulement encourager la jeunesse à chercher des solutions est un récit qui a des limites, il faut définir les sujets sociétaux de grande importance et s’engager avec les communautés et différents acteurs pour amener ces sujets devant les décideurs.
Aujourd’hui j’ai peur que l’idée d’une construction de solutions propres à chacun soit majoritairement véhiculée, or il faut plutôt impulser des réflexions communes et globales sur la société dans laquelle nous voulons vivre. Réfléchissons en tant que société dans son ensemble, en tant que groupe et non en tant qu’individus. »

 

Amref : « C’est vrai qu’aujourd’hui on nous pousse à chercher des solutions dans notre coin alors qu’une réflexion groupée pourrait avoir bien plus de force de d’impact sur le long-terme. »

Y.M : « Oui et d’ailleurs on a pu l’observer dans le domaine de la E-santé. Beaucoup d’applications ont été lancées depuis le début de la pandémie (tracking virus, partage d’informations…).
C’est très bien mais cela a des limites, lorsqu’on se rend compte que ces applications ne sont pas connectées entre elles, qu’elles ne peuvent pas se compléter et s’alimenter. Il n’y a donc pas d’impact à grande échelle pour changer la donne dans un pays lorsque les acteurs ne sont pas reliés.
Il faut donc plus de rassemblements, de réflexions communes sur la société dans laquelle on veut vivre.
A la jeunesse de définir cela ! »

Amref : « Merci beaucoup pour cet échange Yvonne Mburu, à très bientôt ».

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